Habib Dembélé, l’homme que la comédie a choisi

Comédien, conteur, écrivain, formateur d’acteurs et metteur en scène, Habib Dembélé est l’un des Maliens qui a su se faire un nom dans le théâtre, un métier qui l’a choisi malgré lui-même.

« Je ne suis pas un maître », aime dire ce sexagénaire, né deux ans après l’accession du Mali à l’Indépendance en 1960. De son vrai nom Habib Dembélé, ce comédien du kotéba national avec une riche et fructueuse carrière théâtrale est un produit de l’Institut National des Arts de Bamako où il a effectué quatre ans d’étude entre 1981 et 1985.

C’est dans cette Maison des artisans soudanais (1933), rebaptisée École artisanale de Bamako puis l’Institut National des Arts de Bamako en 1963 que son destin a été scellé.  « A l’institut national des Arts, je faisais bien le dessin. Le hasard m’a conduit vers là-bas. Ce même hasard a fait qu’au lieu de faire le dessin, j’ai plutôt fait le théâtre. Je n’ai donc pas choisi d’être un comédien. Mon destin devait forcément passer par là et finalement le métier de comédien lui-même m’a choisi », affirme à « NouvelleAfrique » cette icône de la comédie malienne.

Ce fils d’ancien douanier a joué de 1993 à aujourd’hui dans au moins 25 films réalisés par pas moins de 16 réalisateurs de différentes nationalités. Il hérita du nom Guimba puis « Guimba National » après avoir joué dans une pièce théâtrale, écrite et mise en scène par Ousmane Sow.

« Je n’ai aucun mérite (sur ce nom). Ce rôle m’a été confié et je l’ai joué comme je pouvais et finalement les gens ont cessé de m’appeler Habib pour m’appeler Guimba qui est devenu plus tard de façon spontanée Guimba National », explique cet homme de théâtre autour duquel beaucoup de rumeurs ont été rependues à tort.

Guimba et son histoire de cimetière

Il dément la légende selon laquelle il ne peut pas se rendre au cimetière. « Je ne sais d’où est venue cette idée mais on ne m’a jamais interdit un cimetière », rétorque-t-il. Il reconnaît, toutefois, qu’il est arrivé que des gens lancent des sourires ou des rires en croisant son regard dans les cimetières, un endroit censé être plutôt « très sobre ».

Grace à son talent conteur, écrivain, formateur et metteur en scène, il écria « A vous la Nuit » en 1997. Un conte théâtralisé qui a internationalisé sa carrière une année plus tard en remportant le Prix RFI du Meilleur Spectacle vivant. Il avait rédigé un an plutôt en 1996 en bambara « 52 », en Français « la Bonne à tout faire », un premier one-man-show malien qu’il a mis en scène et joué. Il récidiva en 2009 en écrivant un autre one-man-show dénommé « Kanouté Ka Visa ko ».

« Séko Boiré »

 En 2005, il initie et met en scène l’une des séries télévisées les plus suivies au Mali, appelée « Les « Aventures de Seko Boiré ». Cette première série de la télévision nationale, l’une des premières en Afrique de l’ouest est inspirée du « petit gardien » de son père avec lequel il a grandi à Ségou.

« Il s’appelle pour de vrai Sékou Bouaré. J’essaie d’imiter sa façon de parler et son attitude physique et mentale mais l’histoire racontée dans la sérié est totalement inventée et n’a rien à voir avec la personne de Sékou », confie Habib Dembélé, qui en est le scénariste et l’acteur principal.

« Je faisais au moins deux à quatre kilomètres pour aller suivre cette série à la télévision dans un hameau voisin. Je ne pouvais pas me permettre de rater un épisode», témoigne un trentenaire, ayant vécu dans la brousse au moment de la diffusion de la série. Un film qui traduisait la culture et les valeurs du Mali dans un contexte d’explosion des séries brésiliennes et américaines.

Des projets à flot  

Cet acteur réputé a joué dans des films en attente d’être mis sur le marché. Il se prépare pour le tournage ce mi-octobre à Ségou de six nouvelles épisodes de ladite série, qui bénéfice d’un fonds de l’Ambassade du Danemark au Mali. Parmi ses projets immédiats au Mali figurent la prochaine édition des journées théâtrales Guimba National. « Je traine depuis longtemps un projet de construction de mon théâtre. Je ne sais comment ça va se dénouer ce vœu mais j’y tiens un jour », projette-t-il.

Ce franco-malien, qui réside actuellement en France, travaille pour réalisation de plusieurs projets dans l’hexagone. Il s’agit, entre autres, de la création des spectacles « la balade de Guimba », « le 11 septembre de Salvador Allende », la reprise des spectacles  «Dissection d’un chute de neige ».

Un demi-Dieu dans le théâtre

Habib Dembélé ne se voit pas comme « un maître » mais inspire la jeune génération des comédiens. L’un ceux-ci, connu sous le pseudonyme « Ika », le qualifie de « l’oxygène de la comédie et un demi-Dieu et demi-prophète dans le théâtre». Selon ce dernier, il est « une icône et une légende vivante » dont le rôle a été prépondérant dans le théâtre malien.

L’acteur, dont l’humanisme et le sens de l’humour sont salués par ses pairs, souhaite être retenu après sa mort comme « un bon mari, un bon Papa, un bon ami et un enfant qui aura fait ce qu’il peut pour le bien de tous les enfants du pays ». Sa carrière est auréolée du Prix du Meilleur Acteur à la Semaine Régionale des Arts et de la Culture du Mali, du Prix du Meilleur Acteur du Mali à la Biennale Artistique et Culturelle.

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