Dans cette interview exclusive, Chen Zhihong, ambassadeur de Chine au Mali évoque sans détour la vision de la Chine, ses progrès, ses relations avec les autres pays et surtout ses projets et initiatives de développement commun. Selon le diplomate chinois, la Chine a investi près de 1.000 milliards de US dollars en dix ans dans le cadre de son initiative « la ceinture et la route » dont le Mali est signataire depuis 2019.
Nouvelle Afrique : L’Ambassade de Chine au Mali a co-organisé en juillet dernier le colloque sino-africain sur la démocratie. D’après vous, comment la démocratie populaire intégrale de la Chine peut-elle inspirer les pays africains ?
Chen Zhihong : La Chine œuvre à promouvoir la démocratie en fonction de ses conditions et réalités nationales. La démocratie de la Chine est celle du peuple dont la nature et l’essentiel consistent à assurer que le peuple soit maître du pays. La démocratie populaire intégrale de la Chine est sous la conduite du Parti communiste chinois, qui associe la démocratie électorale et la démocratie consultative, combine élections démocratiques, consultations démocratiques, prises de décision démocratiques, gestion démocratique et supervision démocratique, et couvre les domaines économique, politique, culturel, social et de la civilisation écologique, de sorte que la volonté du peuple soit reflétée dans tous les maillons et aspects de la vie politique et sociale de l’État .
Elle associe la démocratie de processus et celle de résultats, la démocratie procédurale et celle substantielle, la démocratie directe et celle indirecte, et la démocratie du peuple et la volonté de l’État. C’est une démocratie qui s’étend sur toute la chaîne, dans toutes les dimensions et tous les domaines. C’est la démocratie socialiste la plus vaste, la plus réelle et la plus utile.
La démocratie populaire intégrale de la Chine a contribué au développement du pays, aux progrès de la société et au bonheur du peuple. La Chine a achevé la construction de la société d’aisance moyenne sur tous les plans. Avec l’éradication de la pauvreté absolue, plus de 1,4 milliard de Chinois avancent désormais vers la prospérité commune, avec le plus grand gain des libertés individuelles depuis des milliers d’années.
La démocratie est la valeur commune de l’humanité. Cependant, il n’existe pas de modèle unique applicable à tous les pays du monde. La civilisation humaine, si on la compare à un jardin, devrait être un lieu multicolore dans lequel les démocraties de différents pays s’épanouissent. Un proverbe chinois dit, seuls les pieds savent si les chaussures conviennent ou pas. Il appartient au peuple de juger si son pays est démocratique ou non et comment mieux promouvoir la démocratie dans son pays. Pointer du doigt la démocratie d’autres pays ou instrumentaliser les questions relatives à la démocratie sont faux et nuisibles aux relations internationales et à la stabilité mondiale.
La Chine est prête à travailler avec le Mali et d’autres pays à faire rayonner les valeurs communes de l’humanité que sont la paix, le développement, l’équité, la justice, la démocratie et la liberté, à promouvoir activement la démocratisation des relations internationales, à favoriser la solidarité, le dialogue et la démocratie, à rejeter la division, la confrontation et l’hégémonie, et à s’opposer fermement à toute manipulation politique de la démocratie, pour œuvrer conjointement à la construction d’une communauté d’avenir partagé pour l’humanité.
N.A : La Chine vient de célébrer le 96ème anniversaire de l’Armée populaire de libération. Quel est, à ce jour, l’état de forme de l’Armée chinoise ?
C.Z : Ces dernières années, avec un meilleur équipement et une efficacité améliorée, l’Armée populaire de libération (APL) est devenue plus modernisée. Constituée par l’Armée de terre, la Force aérienne, la Marine, la Force des fusées, la Force de soutien stratégique et la Force de soutien logistique inter-armée, le nombre total des personnels de l’APL aujourd’hui est à environ 2,3 millions, préservant son caractère défensif de la politique de défense nationale de la Chine et la détermination du pays à protéger la paix mondiale et la stabilité régionale.
L’APL est la muraille d’acier pour la défense de la patrie. La sauvegarde de la souveraineté territoriale du pays, des droits et intérêts maritimes et de l’unité nationale reste toujours sa tâche ardue. L’APL est appelé « les Soldats du peuple ». Dans les opérations de secours, l’APL est toujours en première ligne.
La Chine a également agi pour préserver la paix et la stabilité mondiales. En tant que le deuxième plus grand contributeur pour la cotisation du maintien de la paix et les cotisations des membres de l’ONU, la Chine est le plus grand pays offrant des casques bleus parmi les membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU.
N.A : Pour ce qui est de la question de Taïwan, quelle est la position de la Chine?
C.Z : Taiwan fait partie intégrante du territoire chinois depuis l’Antiquité. À la fin du XIXème siècle, le Japon a occupé Taiwan par la guerre. En 1943, la Déclaration du Caire publiée par la Chine, les États-Unis et le Royaume-Uni a indiqué que le territoire chinois volé par le Japon, y compris Taiwan, doivent être restitués à la Chine. La Déclaration de Potsdam a réitéré les dispositions de cette Déclaration selon lesquelles le territoire chinois « y compris Taiwan » volé par le Japon devait être restitué à la Chine. La Déclaration de Potsdam et celle du Caire composent ensemble une chaîne juridique internationale complète, qui justifie la pleine souveraineté de la Chine couvrant Taiwan.
La question de Taiwan était purement une affaire intérieure de la Chine. Le principe d’une seule Chine est le consensus de la communauté internationale. La plus grande menace à la paix dans le détroit de Taiwan est le jeu séparatiste de « l’indépendance de Taiwan » et l’interférence de forces extérieures.
Il n’y a qu’une seule version et une seule signification du principe d’une seule Chine, c’est-à-dire qu’il n’y a qu’une seule Chine dans le monde, que Taiwan fait partie de la Chine et que le gouvernement de la République populaire de Chine est le seul gouvernement légitime représentant l’ensemble de la Chine. Le principe d’une seule Chine est clairement stipulé dans la résolution 2758, adoptée par la 26ème Assemblée générale des Nations Unies en 1971, et constitue la norme de base des relations internationales.
Nous continuerons à manifester la plus grande sincérité et à faire tout notre possible en vue de réaliser la réunification pacifique. Cependant, face au aux actes séparatistes de « l’indépendance de Taiwan » et à l’interférence de forces extérieures, nous ne pouvons pas renoncer au recours à la force pour bien protéger la souveraineté nationale et l’intégrité territoriale de la Chine. Nous sommes convaincus que la réunification complète de la Chine devra être réalisée, et se réalisera certainement.
N.A : 10 ans après le lancement de l’initiative « la Ceinture et la Route » par la Chine, quel bilan dressez-vous de ce projet futuriste?
C.Z : L’Initiative « la Ceinture et la Route » est un bien public de qualité lancée par le président chinois Xi Jinping. Elle est construite par toutes les parties et profite au monde entier. Elle est marquée par de hauts standards, une grande soutenabilité et des bénéfices réels pour la population. Jusqu’ici, plus de trois quarts des pays dans le monde et 32 organisations internationales ont rejoint cette initiative.
Depuis son lancement il y a dix ans, cette initiative s’est transformée en projets concrets, résultats de développement réels dans différents pays et bénéfices tangibles pour les peuples. En dix ans s’est frayé un chemin radieux du développement commun jalonné de nouveaux symboles nationaux, de projets de bien-être social et de monuments de coopération. En dix ans, cette initiative a permis des investissements de près de 1 000 milliards de USD, donné lieu à plus de 3 000 projets de coopération, créé 420 000 postes d’emploi pour les pays partenaires, et sorti près de 40 millions de personnes de la pauvreté.
Le chemin de fer Chine-Laos a permis au Laos de passer d’un pays enclavé à un pays connecté. Le chemin de fer Mombasa-Nairobi a apporté une contribution de plus de deux points de pourcentage à la croissance de l’économie locale. Les Ateliers Luban ont permis à des jeunes de plus de 20 pays d’acquérir des compétences professionnelles. 65 000 convois ont été expédiés jusqu’ici sur les lignes de fret Chine-Europe. Ce sont des « caravanes d’acier » reliant l’Asie et l’Europe et des « trains express » acheminant des matériels anti-Covid. En organisant cette année le troisième Forum « la Ceinture et la Route » pour la coopération internationale, la Chine œuvrera avec les différentes parties concernées pour faire fructifier encore davantage cette initiative.
N.A : Cette année marque aussi le 10ème anniversaire de la première visite du président chinois Xi Jinping en Afrique. Dans ce jalon historique, comment voyez-vous l’avenir du partenariat sino-africain ?
C.Z : Lors de sa visite en Afrique en 2013, le président XI Jinping a souligné que « la Chine et l’Afrique sont une communauté de destin depuis toujours » et a proposé les principes de sincérité, de résultats effectifs, d’amitié et de bonne foi et les principes de poursuite du plus grand bien et d’intérêts partagés, ce qui peut bien décrire les relations que la Chine veut entretenir avec le Mali et l’Afrique.
Peu importe l’évolution de la situation internationale, la Chine reste toujours amie, frère et partenaire fiable des pays africains. Aujourd’hui, les relations sino-africaines sont marquées par une coordination à l’échelle internationale plus énergique. Les deux parties forment désormais une force importante dans la préservation de l’équité et de la justice internationales. Ensemble, nous portons haut l’étendard du multilatéralisme et défendons fermement les buts et principes de la Charte des Nations Unies.
La Chine se prononce constamment pour un rôle accru de l’Afrique sur la scène internationale et défend toujours l’Afrique aux Nations Unies et dans d’autres enceintes multilatérales. La Chine entend travailler ensemble avec l’Afrique pour promouvoir conjointement la réforme du système de gouvernance mondiale. Et elle est le premier pays à avoir exprimé un soutien explicite à l’adhésion de l’UA au G20.
Au cours du dialogue des dirigeants chinois et africains qui a eu lieu en août dernier, le président chinois XI Jinping a lancé trois initiatives en vue de contribuer à l’accélération de l’intégration et de la modernisation de l’Afrique. Ce sont l’Initiative pour le soutien à l’industrialisation de l’Afrique, le Programme d’assistance à la modernisation de l’agriculture de l’Afrique et le Plan de coopération sino-africaine pour le développement des talents. L’engagement commun de la Chine et de l’Afrique à promouvoir la modernisation permettra certainement de créer un avenir plus radieux pour les peuples chinois et africains et de donner l’exemple dans la construction de la communauté d’avenir partagé pour l’humanité.
N.A : Il y a 63 ans, le Mali et la Chine ont établi des relations diplomatiques. Quel bilan tirez-vous de ce partenariat dans les domaines de la Santé, de l’Education, des Infrastructures, etc. ?
C.Z : Depuis l’établissement des relations diplomatiques entre nos deux pays, nous avons vu un développement encourageant des relations bilatérales dans de différents domaines. La confiance politique mutuelle n’a cessé d’approfondir, les coopérations économiques et commerciales sont devenues de plus en plus fructueuses, les échanges du personnel se sont multipliées. Dans les domaines que vous avez notés ci-dessus, nous avons une liste longue, qui peut témoigner le haut niveau de la coopération sino-malienne.
La partie chinoise vient d’achever sous forme d’assistance le Projet pilote d’Électrification des Villages maliens par l’Énergie solaire ; les experts agronomes chinois travaillent actuellement au Centre agricole de démonstration technologique de la coopération sino-malienne, financé et réalisé par la partie chinoise ; les sociétés chinoises sont en train de construire plusieurs routes et bâtiments pour contribuer à l’amélioration d’infrastructures du Mali ; les sociétés chinoises ont activement investi au Mali pour développer l’économie malienne, en créant avec les partenaires maliens les joint-ventures tels que Usine pharmaceutique Humanwell et des Sucreries à Ségou, sans oublier le troisième pont de Bamako, le CICB, l’Hôpital du Mali, le Stade 26 mars et le Centre de formation professionnelle qui ont déjà contribué à l’amélioration de la vie quotidienne du peuple malien et au développement du pays .
N.A : Le retrait de la MINUSMA coïncide avec le coup d’État du Niger, qui accentue la fragilité de la situation sécuritaire de l’Afrique et surtout du Sahel. Quelle est la position de la Chine sur les crises sécuritaires en Afrique ?
C.Z : Le monde actuel est confronté à de nombreux défis. Comme vous le disiez, nous avons plus que jamais besoin de solidarité et de coopération avec les autres. Vu les circonstances complexes, le président chinois Xi Jinping a lancé l’Initiative de sécurité mondiale, pour relever les défis sécuritaires. La Chine travaille avec tous les pays africains, y compris le Mali, pour pratiquer un véritable multilatéralisme, préserver fermement les droits et intérêts légitimes et légaux de l’autre, faire progresser activement leurs modernisations respectives avec leurs caractéristiques propres, faire améliorer le bien-être du peuple, et rechercher une sécurité commune.
La Chine soutient les efforts des pays africains dans la lutte contre le terrorisme et la préservation de la sécurité et de la stabilité nationales. La Chine soutient aussi que l’UA et les organisations sous-régionales africaines jouent un rôle central dans le règlement des conflits régionaux et appuie les efforts des peuples africains visant à trouver des solutions africaines aux problèmes africains. La Chine préconise toujours un dialogue, un règlement pacifique et une coopération constructive et s’oppose à l’ingérence dans les affaires intérieures d’autres pays sous prétexte des droits de l’homme ou de la démocratie.