Bassirou Diomaye Faye, président du Sénégal et en exercice de la CEDEAO, a effectué, ce mardi 28 juillet 2026, une visite de quelques heures à Bamako. Decryptage.
Il était un peu plus de neuf heures lorsque l’avion présidentiel de couleur blanche flanqué « République du Sénégal » s’est posé sur le tarmac de l’aéroport international Président Modibo Kéïta. À son bord, Bassirou Diomaye Faye, habillé en costume, à la tête d’une forte délégation.
À sa descente, le chef de l’exécutif sénégalais a été accueilli par le Général Assimi Goïta et des membres du gouvernement malien. À Bamako pour quelques heures, il a eu un tête-à-tête avec le président de la Transition et une séance de travail autour des sujets d’intérêt commun s’est déroulée entre les délégations des deux pays.
Quatre points majeurs ont dominé les discussions entre les deux chefs d’État à Koulouba, palais présidentiel. Le premier est relatif à la lutte contre le terrorisme. Bassirou Diomaye Faye a présenté à Assimi Goïta « les condoléances » du Sénégal suite aux « dernières attaques tragiques ayant coûté la vie à plusieurs soldats ».
Une condamnation sans réserve
S’il n’a pas officiellement spécifié les attaques, l’ONU a réclamé, le 23 juillet dernier, « une enquête indépendante et approfondie » pour « crimes de guerre » après l’embuscade tendue, le 18 juillet dernier, contre un convoi de l’armée malienne par la coalition JNIM-FLA. Selon le Haut-commissariat des Nations unies aux Droits de l’homme, des soldats maliens ont été victimes « d’actes de torture et de meurtres ». L’État-major général des armées a dénoncé “des images instrumentalisées diffusées par des groupes armés terroristes et certains relais médiatiques ».
« J’ai également exprimé au président Goïta la condamnation sans réserve du Sénégal, avec la plus grande fermeté, de ces actes odieux, lâches et barbares qui se multiplient », a déclaré Bassirou Diomaye Faye à l’issue du tête-à-tête.
Son entretien, deuxième du genre après celui intervenu en décembre 2024, survient trois mois après les attaques coordonnées du 25 avril. Des événements au cours desquels le ministre de la Défense, Gal Sadio Camara, a perdu la vie.
Le second point de discussion a concerné « les questions de paix et de sécurité au niveau de la sous-région et les voies et moyens de lutter efficacement contre le terrorisme ». Dakar a réaffirmé sa « disponibilité à accompagner le Mali dans cette épreuve », précisant que « les menaces terroristes ne connaissent pas de frontières et se renforcent avec nos divisions ».
Il s’entretient avec Assimi Goïta sur ces questions dans un contexte où la CEDEAO cherche à « mettre en place un mécanisme pragmatique de coopération avec l’AES en matière de sécurité ». Son dernier sommet à Freetown, le 19 juillet dernier, a instruit le président de la Commission “d’approfondir le dialogue avec les pays de l’AES » à cet effet. Une rencontre qui a installé Bassirou Diomaye Faye comme président en exercice de l’organisation.
« Une parfaite convergence de vues »
Le troisième point de discussion a porté sur « des perspectives de renforcement de la coopération » au plan bilatéral et sous-régional. « J’ai dit au président Goïta qu’il peut compter sur le soutien indéfectible du Sénégal », a affirmé le président sénégalais, réaffirmant la présence du Sénégal et de tous les autres pays aux côtés du Mali pour relever ensemble des défis communs. Selon lui, il a eu « une parfaite convergence de vues » avec le président de la Transition du Mali sur « les principales questions abordées ».
Sur le plan bilatéral, le Mali et le Sénégal entretiennent une coopération économique et commerciale solide. Les échanges interviennent dans un contexte de « perturbation » des flux des produits commerciaux sur l’axe routier Dakar – Bamako, des marchandises maliennes étant souvent stockées au port de Dakar depuis quelques mois après des attaques terroristes sur des voies terrestres d’approvisionnement.
Vers un sommet de l’UEMOA sur l’avenir du FCFA
Un dernier majeur au cœur des discussions a concerné « la situation au sein de l’UEMOA ainsi que de l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS) ». Sur ce sujet, Bassirou Faye et Assimi Goïta ont « convenu de travailler avec leurs homologues à la convocation, dans les meilleurs délais, d’un sommet au niveau des Chefs d’État ». Objectif: « redynamiser la coopération monétaire et économique et la gestion des ressources hydrauliques au niveau du fleuve Sénégal ».
Un sommet de l’UEMOA s’avère nécessaire. Son ordre du jour pourrait porter sur l’avenir du Franc CFA. Pour cause, la CEDEAO a décidé, à l’issue de son sommet du 19 juillet, de lancer sa monnaie unique Eco en 2027 alors que cinq des pays de l’UEMOA en sont membres et partagent le Franc CFA avec les trois pays de l’Alliance des États du Sahel (AES).
M.C/NouvelleAfrique






