18 août 2020- 18 août 2023, la Transition politique instaurée après la chute d’IBK a trois ans. Si un vent de souveraineté et de montée en puissance de l’Armée souffle sur le pays, ce mi- quinquennat été marqué par un difficile contexte économique qui met le panier de la ménagère à rude épreuve.
A Bamako et dans les autres régions c’est la hausse vertigineuse et quasi inédite des prix des produits de grande consommation depuis des années. Au premier trimestre de 2022, le taux d’inflation a atteint 5% contre 4,6% pour l’UEMOA et 3,6% au plan mondial. Le gouvernement de Transition, malgré son « plan de riposte », enclenché au lendemain de l’embargo économique et financier de la CEDEAO et de l’UEMOA, peine à faire face à la flambée des prix.
Des prix contradictoires au marché
Dans les marchés bamakois, la hausse des prix est constatée sur certains produits de première nécessité notamment les céréales et d’autres produits alimentaires. Sidiki Fomba est commerçant au marché de Sébénicoro depuis plusieurs années. Il assure que les difficultés sur le marché cette année sont inédites.
En effet, dans sa boutique et dans d’autres, le sac de 50 kg de riz importé non-parfumé oscille entre 22 500 FCFA et 24 000 FCFA contre 15 000 FCFA et 20 000 FCFA avant le début de la Transition. Celui du riz « gamiyaka » local varie entre 22 500 FCFA et 25 000 FCFA. Ces prix sont susceptibles de connaitre une nouvelle augmentation avec la suspension récente de l’exportation du riz de l’Inde, qui est le premier exportateur dans le monde.

Dans certains magasins, le sac de 50 kg de mil est passé de 17 500 FCFA à 20 000 FCFA. Le sorgho est désormais cédé à 17 500 FCFA contre 15 000 FCFA avant la Transition. D’autres céréales telles que le haricot et le maïs ont également connu des hausses. Quant au sucre, son prix plafond, fixé par le gouvernement, pour le sac de 50kg est de 30 000 FCFA soit le kilo à 650 FCFA. Le constat est tout autre dans les marchés où le sac de 50 kg est vendu à 37 500 FCFA dans plusieurs endroits et le kilo à 800 FCFA.
À Bacodjicoroni, un quartier situé en Commune V district de Bamako, un boucher, ayant requis l’anonymat, tente de justifier la hausse du prix de la viande. Selon lui, un bœuf, vendu en 2010 à 300.000 FCFA, est cédé aujourd’hui à plus de 500.000 FCFA.
Des témoignages poignants
Fanta Diakité, mère de famille dans un quartier de Bamako, désole de cette situation. « On ne peut plus rien acheté au marché. Celles qui achetaient leur condiment journalier avec 2 000 sont aujourd’hui obligées de dépenser entre 3 000 ou 5 000 FCFA pour pouvoir faire la cuisine. Même les légumes qui sont produits chez nous coûtent chers. Le kilo de l’ognon a atteint 1 000 FCFA ce qui est inédit« , déplore cette dame, rencontrée en août dernier dans le marché de sa localité.
Rokia Camara, vendeuse de légumes au marché de Kati Sanafara, abonde dans le même sens. Elle affirme que leur activité est devenue plus complexe. « Avant la transition, la somme avec laquelle on se rendait au marché pour nos achats nous permettait d’avoir accès à plusieurs produits qu’on revendaient à nos clients à de prix abordables. Cela n’est plus possible sous cette transition« , témoigne-t-elle.
Abdoul Wahab Diakité, président de l’Association des Consommateurs déplore « un manque de vision des autorités malgré les potentialités du pays en ressources minières et agricoles« . Il pointe du doigt « des pratiques anti concurrentielles et l’incapacité de la Direction Générale du Commerce, de la Concurrence et de la Consommation à maîtriser les prix sur le marché ».
Il propose de valoriser et de consommer des produits locaux pour changer la donne et soulager les populations, fustigeant « une politique commerciale axée sur l’importation ».
Cette hausse des prix s’explique par plusieurs facteurs, selon des experts. Il s’agit, entre de la Covod-19, la guerre en Ukraine et des sanctions de la CEDEAO.
« Les gens pense que c’est la faute aux commerçants détaillants alors que la plus part des produits sont importés et soumis au cours des marchés internationaux. Donc s’il y a une augmentation des prix à l’international, cela se fait ressentir sur les prix des grossistes. Par conséquent, les détaillants sont obligés d’augmenter un peu leur prix« , se défend Cheikh Oumar Sacko, président du Syndicat National des Commerçants Détaillants du Mali (SYNACODEM).
Il précise que les subventions étatiques concernent une quantité de produits donnée et dans une période bien déterminée. « Si la subvention n’est pas continue, les prix ne peuvent pas être maîtrisés », explique-t-il.
Avec un contexte économique « précaire », la vente des commerçants a chuté. Pour illustration, un commerçant qui pouvait vendre 5 000 FCFA par jour ne peut plus dépasser 1 500 ou 2000 FCFA.
L’Etat malien a réduit, en novembre 2022, de 50% la base taxable à l’importation de 300 000 tonnes de riz, 60 000 tonnes de sucre et 30 000 tonnes d’huile, selon le ministère de l’Economie et des Finances. Objectif : résorber l’impact de la flambée des prix et assurer l’approvisionnement correct du pays en produits de première nécessité.
Une subvention a été, en outre, accordée aux produits pétroliers et au gaz butane. Toutefois, la situation économique demeure difficile pour bon nombre de citoyens interrogés.