Boulan Barro, secrétaire politique adjoint du CNID-FYT et membre du M5-RFP revient, dans cet entretien exclusif, sur le report de la présidentielle et décline son avis sur la suite du processus de Transition en cours. Selon lui, il est « suicidaire » de réclamer à ce stade « une Transition civile », ajoutant que la CEDEAO observe actuellement « un silence de raison et mesuré » sur l’annonce du report des élections au Mali.
Nouvelle Afrique : Que pensez-vous du report de la présidentielle ? Les motifs évoqués sont-ils raisonnables ?
Boulan Barro : Un contenu réel est nécessaire pour ce léger report de l’élection présidentielle initialement prévue pour février et mars 2024, conformément au calendrier fourni par les autorités de la transition elles-mêmes. Son report prouve à suffisance le manque de préparation, de sérieux et surtout d’anticipation de la part de certaines autorités de la transition. Il démontre une fois de plus, sinon de trop le travail solitaire du ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation, porte-parole du gouvernement qui se croit en terrain conquis.
Nous avions compris qu’il y avait des manœuvres pour une éventuelle prolongation de la transition sur fond d’un nouveau gouvernement d’union nationale ou de soi-disant large consensus pour une aventure politique ambiguë qui ne dit pas son nom. Mais c’était sans compter avec la vigilance et l’intelligence de la classe politique et de la société civile malienne.
Les raisons évoquées sont tellement légères qu’on a l’impression que quelqu’un veut jouer seul et se dribbler lui-même tout en déchirant le ballon. Sinon comment pouvons-nous comprendre, qu’après avoir réussi avec succès la tenue du référendum constitutionnel en juin 2023, qui a la même nature technique que l’élection présidentielle (circonscription unique), qu’on puisse évoquer des contraintes techniques pour justifier un report?
Oui, il nous faut capitaliser une approche nouvelle pour mieux consolider les acquis de cette transition politique, obtenue à la suite de la révolution du M5-RFP. Il nous faut impérativement passer à la troisième dimension de cette lutte révolutionnaire qui consistera à se mettre ensemble pour la poursuite et la continuité républicaine. Cette fois-ci, il faut que les intelligences du changement se retrouvent afin de pérenniser le développement tant attendu et amorcé pendant cette période de transition politique.
A la suite de la promulgation de la nouvelle Constitution de juillet dernier, seule une élection démocratique permettra de verrouiller ou même de sceller une gouvernance vertueuse, stable et durable pour notre pays. Il nous faut sortir très rapidement de l’incertitude politique et institutionnelle pour le raffinage du pouvoir politique et institutionnel afin d’asseoir une gestion rationnelle des ressources du pays.
N.A : Que vous inspire le silence de la communauté internationale, particulièrement la CEDEAO un mois après l’annonce du report ?
Boulan Barro : C’est un silence de raison, intelligent et mesuré pour mieux appréhender les problèmes et défis auxquels les peuples de la CEDEAO sont confrontés. Il traduit également l’assimilation les leçons infligées à la soi-disant communauté internationale par le Mali.
Cette organisation a failli et ne pourra plus imposer au Mali sa volonté mesquine et capricieuse. Elle a intérêt à faire profil bas et de reculer lorsqu’il s’agit du Mali. Car depuis la création du M5 -RFP, elle a toujours œuvré à proposer des solutions catalysantes pour le Mali. Alors ce stade et surtout avec la création et les objectifs de l’Alliance des États du Sahel, la soi-disant communauté internationale qu’est la CEDEAO fera mieux de se taire.
N.A : Le Mali s’expose-t-il à de nouvelles sanctions ?
Boulan Barro : De quelle sanction pire que ce nous vivons déjà au Mali? Je pense que cette organisation téléguidée continuera toujours dans sa manipulation honteuse sans se soucier de sa crédibilité auprès de l’opinion publique ouest-africaine. Elle fera mieux de ne pas s’adonner à des prises de position spectaculaire sans effet ni lendemain.
N.A : Comment voyez-vous le reste du processus électoral ?
Boulan Barro : Je suis optimiste mais reste prudent et vigilant surtout quant à la suite du processus électoral. Car désormais la tâche semble claire et allégée pour l’Autorité Indépendante de Gestion des Elections (AIGE). C’est aux organisations politiques de se mettre en ordre de bataille pour la conquête du suffrage des Maliens.
Ma prudence se manifeste par rapport aux opérations militaires en cours dans le cadre de la rétrocession des emprises de la MINUSMA conformément à la résolution 2690 des Nations-Unies marquant la fin de cette mission sur notre territoire à partir du 1er janvier 2024. La réussite de ces opérations militaires constitue un indicateur crédible pour des élections transparentes, inclusives et acceptables pour tous.
N.A : Allons-nous vers un front contre les autorités en place (une marche de la CMAS a été déjà ajournée)?
Boulan Barro : Un front contre les autorités en place ? Non ! Mais plutôt un front contre les ennemis de la paix, de la cohésion sociale et de l’intégrité territoriale du Mali. C’est à ce niveau que se fait sentir ma vigilance car revendiquer une transition civile à ce stade du processus nous parait suicidaire et une remise en cause de tout ce que nous avons obtenu jusque-là comme résultat.
Il nous faut capitaliser, renforcer et pérenniser les acquis de la transition politique en cours. Ainsi la seule revendication qui vaille est la tenue d’élection présidentielle inclusive, transparente marquant la fin de la transition. Nous devrions inscrire toutes nos actions politiques à cet effet pour un meilleur raffinage politique des acquis de la transition. C’est-à-dire, ouvrir le Mali à la victoire et consacrer toute la victoire au Mali.