Musicienne et artiste localement et mondialement reconnue, Djénéba Seck a une carrière auréolée de succès mais jalonnée d’anecdotes qui rendent son parcours atypique.
A Bamako, Djénéba Seck mène sa vie dans sa résidence, accompagnée de ses enfants et proches. Cette artiste, faisant quasiment l’unanimité au sein du public malien, est née et grandie dans la capitale malienne dans une famille de « docteurs ». Son père était un infirmier d’État et sa mère une sage-femme, tous les deux rappelés à Dieu (Que leurs âmes reposent en paix).
« C’est une question de destin. Peut-être que mon destin était lié aux micros. Dieu m’a guidé sur ce chemin sinon il n’y a pas de chanteur dans notre famille » confie à « Nouvelle Afrique », la quinquagénaire, devenue musicienne aux dépens de son rêve non-réalisé d’être docteur comme ses deux parents.
Elle a eu un début de carrière « difficile ». Tout bascula lors qu’elle arrête l’école au second cycle (8ème année). Elle commença alors à mettre en pratique ses compétences de tresseuse (coiffeuse), acquises avec ses proches pendant ses heures creuses. « Pendant mon enfance, je tressais les cheveux des gens. Après les cours, j’apprenais la coiffure avec mes grandes sœurs et mes amies. J’étais devenue qualifiée et pendant les week-ends, les congés et les vacances, je faisais la coiffure », dévoile la chanteuse, sourire aux lèvres.
« Avant que je ne devienne artiste-chanteuse, je faisais le théâtre »
Djénéba Seck
Après cet épisode de sa vie, elle commença à faire le théâtre en dansant et chantant dans les scènes théâtrales. C’est de là qu’elle emprunta le chemin de la musique en faisant des chœurs dans les studios. Elle monta pour la première sur la scène vers 1988 avec Sékou Kouyaté, devenu plus tard son époux.
« Avant que je ne devienne artiste-chanteuse, je faisais le théâtre. Je dansais, chantais dans les scènes de théâtre. C’est en ce moment que j’ai emprunté le chemin de la musique en faisant des chœurs dans les studios », renchérit l’artiste, aujourd’hui une figure de la musique malienne voire africaine. En 1991 elle prend en main sa carrière en sortant son premier album intitulé « Kankélentiguiya », produit en partie grâce aux « petits sous » obtenus de ses prestations théâtrales et ses danses, qui lui servaient de frais de transport pour les studios de répétition.
Une discographie bien garnie
30 ans plus tard, elle a une discographie de sept albums sans compter deux autres avec son époux, les duos et featuring avec d’autres artistes ainsi que des singles et des chansons produites pour des ONG. Ses morceaux, écoutés par toutes les catégories de la société, abordent des thématiques liées à la société, l’éducation, la famille, aux valeurs traditionnelles, la défense, entre autres. « Mes chansons conseillent, éduquent, guident, prêchent le droit chemin », résume celle qui porte toujours des habits respectueux des valeurs maliennes.

L’un de ses titres dénommé «l’Armée malienne » est devenu emblématique voire un hymne pour les forces de Défense et de sécurité du Mali. Il fait partie des 12 titres que compose son album « Djourou », sorti en 2000 en France. Sa carrière est couronnée, à ce jour, de pas moins de 72 morceaux en raison de 12 titres par album en dehors de deux albums qui contiennent chacun six morceaux. Certains leaders religieux attestent le caractère prêche de ses chansons. Un constat qui « réconforte » l’artiste et « l’encourage à travailler davantage ».
Tout comme les autres artistes, sa carrière a été frappée de plein fouet par le piratage. « Certains me disaient qu’ils ont eu tout avec mon album Kenkelentiguiya alors que moi-même je souffrais », lâche-t-elle avec ironie. Avec la nouvelle technologie, elle et ses collaborateurs s’adaptent en essayant de monétiser les chansons sur les plateformes numériques.
Bientôt des nouvelles chansons
Djénéba Seck, devenue artiste internationale, a parcouru des pays africains, européens et américains. Parmi ceux-ci, le Gabon, le Cameroun, le Congo, le Burkina Faso, l’Angleterre, la France, l’Allemagne, la Belgique, l’Italie, le Canada et les USA. En dehors de la musique, elle travaille dans la vie associative pour valoriser nos œuvres traditionnelles en organisant des compétitions inter-écoles.
Pour ses projets, cette coiffeuse dans les rues devenue vedette musicale prépare des nouvelles chansons qui n’attendent que le retour de son maestro (son mari), qui doit revenir bientôt à Bamako. Elle ambitionne également d’avoir un champ d’agriculture pour préparer sa retraite musicale.
Une carrière reconnue par l’État
En plus des trophées dont le Tamani d’Or en 2006, Djénéba Seck a été décorée trois fois par l’État, sous les régimes Amadou Toumani Touré, Ibrahim Boubacar Keïta et la Transition actuelle. Après la distinction d’Officier de l’Ordre de mérite nationale, elle a obtenu sous cette transition la médaille de Commandeur de l’Ordre national du Mali.
Elle se montre fière de sa carrière et demande les artistes de s’entendre. Elle appelle l’État à soutenir les artistes en créant un fonds permettant d’aider ceux qui sont dans le besoin. Cela pour éviter les appels SOS en cas des maladies et autres. Elle propose aussi d’accorder des logements sociaux aux artistes qui n’ont pas de moyens même s’il faut le prélever sur les droits d’auteurs. Soucieuse du devenir du Mali, elle prie pour la victoire l’armée malienne sur les ennemis.